Carl Gustav Jung, Dialectique du moi et de l'inconscient

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Carl Gustav Jung, Dialectique du moi et de l'inconscient

Message par Admin le Ven 8 Déc - 7:51

La vie psychique, dans son processus évolutif - comme tout processus vivant d'ailleurs -, n'est pas simplement un déroulement conditionné de façon causale ; elle est aussi une démarche orientée vers une certaine fin, à laquelle elle tend : la vie est aussi finalité. Et cette finalité est la réalisation de Soi. Quiconque progresse sur la route de la réalisation de son Soi, inconscient, rendra nécessairement conscients les contenus de l'inconscient personnel, ce qui élargira considérablement l'étendue, les horizons et la richesse de la personnalité. Soulignons tout de suite que cet « élargissement » concerne au premier chef la conscience morale et la connaissance de soi-même ; car les contenus de l'inconscient que l'analyse libère et qui passent dans le conscient sont, en règle générale, tout d'abord des contenus désagréables, qui comme tels ont été refoulés : souvenirs, désirs, tendances, projets, etc. Mais l'inconscient nous donne aussi une chance, par ses communications et par les allusions imagées qu'il nous offre : il est aussi capable de nous communiquer ce qu'en toute logique, nous ne pouvons savoir. Pensons aux phénomènes de synchronicité, aux rêves prémonitoires et aux pressentiments ! Les rêves, par exemple, peuvent quelquefois annoncer certaines situations bien avant qu'elles ne se produisent. Ce n'est pas nécessairement un miracle, ou une prophétie. Beaucoup de crises, dans notre vie, ont une longue histoire inconsciente. Nous nous acheminons vers elles pas à pas, sans nous rendre compte du danger qui s'accumule. Mais ce qui échappe à notre conscience est souvent perçu par notre inconscient, qui peut nous transmettre l'information au moyen d'un rêve. Pourtant les rêveurs tendent à ignorer ou même à rejeter le message qui leur est ainsi communiqué. En effet la conscience résiste naturellement à tout ce qui est inconscient et inconnu car elle a une peur profonde, superstitieuse, de la nouveauté. Elle réagit devant des idées nouvelles en élevant des barrières psychologiques pour se protéger contre le choc d'affronter une nouveauté. Or cette faculté que nous avons d’isoler une partie de notre esprit (la conscience) d'une autre (l'inconscient) est, au départ, une caractéristique d’une grande valeur. Elle nous permet de concentrer notre attention sur une chose à la fois, à l’exclure de ce qui la sollicite par ailleurs. Mais il y a une différence radicale entre la décision que nous pouvons prendre de mettre à part et de supprimer momentanément la partie inconsciente de notre psyché, et la suppression durable et incontrolable de cette partie. Le premier processus est une conquête de l’être civilisé, le second correspond à ce que les primitifs appellent la perte d’une âme, et plus près de nous, il peut être la cause pathologique d’une névrose. La névrose est donc une perte d'équilibre de la conscience, qui peut être d'ailleurs quelque chose de salutaire puisque, grâce à elle, le conscient défaillant sera remplacé par l'activité automatique et instructive de l'inconscient ; celui-ci visera à la reconstitution d'un nouvel équilibre, but qu'il est capable d'atteindre si le conscient est en état d'assimiler les contenus produits par l'inconscient, c'est-à-dire de les comprendre et de les intégrer. Si l'on réussit cela, la désunion avec soi-même cessera et le sujet pourra bénéficier des apports favorables de l'inconscient. Car dès que la dissociation entre les divers éléments de soi-même cesse, l’inconscient accorde - l'expérience le prouve abondamment - toute l'aide et tous les élans qu'une nature bienveillante et prodigue peut accorder aux hommes. De fait, l'inconscient recèle des possibilités qui sont absolument inaccessibles au conscient ; car il dispose de tous les contenus psychiques subliminaux, de tout ce qui a été oublié ou négligé par le conscient, et, en outre, de la sagesse conférée par l'expérience d'innombrables millénaires, sagesse déposée et confiée à ses structures archétypiques.

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