Question : Faut-il réguler les jeux vidéos dans notre école (les interdire ou au moins les limiter) ?

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Question : Faut-il réguler les jeux vidéos dans notre école (les interdire ou au moins les limiter) ?

Message par Admin le Mer 21 Mar - 22:42

Question : Faut-il réguler les jeux vidéos dans notre école (les interdire ou au moins les limiter) ?


Arguments POUR la régulation :

- Jouer aux jeux n'est pas une activité comme une autre : des études psychologiques, sociologiques et neurologiques montrent une addiction rapide et profonde aux jeux vidéos, qui se traduit de la manière suivante :
- préférence systématique pour cette activité plutôt qu'une autre (plus difficile, plus exigeante, etc.), désintérêt progressif pour toute autre activité, sentiment d'ennui lorsque l'on ne joue pas.
- incapacité à s'auto-réguler, à se fixer des limites, à se raisonner, même quand on connaît les dangers de l'addiction.
- prise de plaisir évidente au départ, puis sentiment de manque et d'inconfort grandissant avec l'addiction, contre un plaisir limité pendant l'activité (sentiment de normalité pendant le temps de jeu, sentiment d'anormalité en dehors du jeu)
- taux d'énervement psychologique grandissant, plus grande difficulté à gérer les conflits relationnels, les situations qui demandent de l'énergie psychique ou physique, sentiment de mal-être grandissant, à cause d'une inadaptation sociale et environnementale, alors que le sentiment de pouvoir est à son paroxysme pendant le jeu.
- troubles de l'attention, incapacité à se concentrer en dehors des jeux vidéos, diminution de la créativité et de l'envie en général.
- déséquilibre croissant au niveau de l'alimentation, de l'hygiène, du soin apporté à son corps et à son intégrité en général.
- risque, à terme, de confondre l'univers du jeu et la « réalité » (exemples d'agression à l'arme blanche, de suicide par défenestration, etc.)

- Ce n'est pas parce qu'une école promeut la liberté qu'elle va installer des fumoirs au sein de l'établissement si les enfants le demandent, ou un bar ouvert en permanence, ou encore des films pour adulte à la demande, pour l'instruction des enfants. Il y a certains points sur lesquels il semble nécessaire de réguler, au nom de l'évolution de l'enfant, et pour ne pas la compromettre.

- Il est certain qu'interdire peut paraître liberticide, mais on pourrait aussi dire qu'une interdiction se fait au nom de la préservation de la liberté (quand le comportement risque d'être addictif), ou même de l'intégrité physique et de la sécurité de l'enfant, dans le cas où le fait de ne pas poser cette interdiction pourrait avoir des conséquences très fâcheuses ou dramatiques. Par exemple, l'atelier des possibles a décidé de poser des règles de base concernant la sécurité des individus (par rapport à la hauteur des balcons ou terrasses par exemple) : ne peut-on pas mettre la régulation des jeux vidéos dans cette même catégorie ?

- Quand on est allergique ou intolérant à un aliment, le mieux est de le supprimer pendant une période d'essai pour voir si les symptômes disparaissent. Pourquoi ne pas faire pareil avec les jeux vidéos, et proposer des « sevrages » à ceux que l'on juge addicts, non pas comme une punition, mais comme la résolution d'une problématique que l'individu n'a pas les moyens de résoudre par lui-même ?

- Une école démocratique n'a pas pour vocation de préparer les enfants à rentrer dans le moule socio-professionnel proposé à chaque époque, mais de leur permettre de construire leur propre parcours, en autonomie. Or les jeux vidéos sont souvent le reflet de la société actuelle, et contiennent tout un tas d'influences et de modèles franchement sexistes, spécistes, voir parfois racistes, jeunistes ou tout simplement violents (banalisation de la cruauté, etc.). En laissant les enfants jouer toute la journée à ces jeux, on leur impose en vérité un système éducatif qui a été mis en place pour les faire entrer de plein pied dans un modèle de société libéral, capitaliste et consumériste.

- On peut tout à fait de pas interdire les jeux vidéos, mais en limiter le temps d'activité (plages horaires?), ou les encadrer dans des activités heuristiques (à thèmes, etc.), ou tout simplement observer les enfants et communiquer avec eux sur leur fonctionnement, lorsque l'on trouve qu'il devient addictif, et dans ce cas trouver des solutions pour contrer cette addiction.

Arguments contre la régulation :

- Interdire une activité au sein d'un établissement dit démocratique (et qui promeut l'autonomie dans les apprentissages) apparaît paradoxal, si ce n'est contradictoire. Notamment, le principe d'interdire quelque chose qui pourrait être nocif pour les enfants revient à décider à leur place de ce qui est bon pour eux, donc à s'ingérer dans leur vie au nom de valeurs qui les dépassent (nous savons mieux que vous ce qui est bon pour vous…).

- Le fondement de toute interdiction est la peur. Mais la peur est-elle bonne conseillère ? Doit-elle nous dicter nos comportements, et, pire encore, ceux de nos enfants ?

- Certains jeux vidéos sont heuristiques (ils permettent d'apprendre, de développer la curiosité, etc.) : comment faire la différence entre jeux vidéos dangereux et jeux vidéos bénéfiques ? Et surtout, qui peut décider de cela (retour à la première question) ?

- Les enfants vont bien devoir utiliser des écrans d'ordinateur pour leurs divers activités, et nous le faisons nous-mêmes toute la journée. Ils pourront aussi utiliser leur téléphone portable, leur tablette, etc. Comment interdire les jeux vidéos alors que les enfants auront mille moyens d'y accéder ? Leur faire la guerre ? Et puis est-ce légitime à partir du moment où le risque d'addiction est présent dès lors que l'on est devant un écran, de toute manière ?

- Une addiction peut être un signe que qq chose ne va pas chez l'individu, qu'il a un déséquilibre qu'il cherche à combler (mais amplifie au contraire) dans le comportement addictif. Au lieu d'interdire l'activité addictive, mieux vaudrait chercher la cause pathologique donnant lieu ou amplifiant le comportement addictif.

- Toute activité est potentiellement addictive, à partir du moment où on se passionne pour elle. Si les jeux vidéos provoquent une addiction plus fréquente que d'autres activités, c'est peut-être parce qu'ils représentent un intérêt plus grand pour les enfants (et certains adultes!), intérêt que nous ne parvenons peut-être pas à comprendre.

- Les jeux vidéos, même les plus stressant ou violents, peuvent représenter un apport bénéfique pour l'évolution de l'enfant ou de l'individu, et cela à plusieurs niveaux (source : article de l'école autonome http://ecole-autonome.be/2016/01/25/les-jeux-video/) :
- apprentissage de la persévérance, de la résilience, de l'effort et de la volonté (difficulté progressive, possibilité de toujours évoluer)
- gestion du stress, du danger, de la réponse la plus adaptée en situation dangereuse et/ou demandant un positionnement adapté et rapide.
- développement de l'attention, de la concentration, de l'observation et de l'écoute (contrairement à la télévision…).
- utilisation et développement de la mémoire, sur des séquences plus ou moins longues (mémoire court-terme et long-terme).
- évolution dans un monde multidimensionnel, qui demande une capacité d'adaptation et d'inter-relation accrue.
- développement des facultés de communication, de collaboration et de partage de connaissances ou de savoir-faire (dans les jeux en ligne, à plusieurs, ou tout simplement en allant aider qqun d'autre).
- possibilité de tester et d’éprouver sa résistance, son courage et sa liberté de choix dans un monde virtuel, sans en subir directement les conséquences dans la « vraie vie ».
- possibilité d'exorciser des situations de stress, d'angoisse ou de colère, dans un environnement adapté, plutôt que sur des « vrais gens ».

- Les expériences déjà mises en place dans certaines écoles (Summer Hill, école autonome, etc.) montrent que l'addiction aux jeux vidéos n'est pas durable : si on laisse aux enfants l'entière liberté de jouer quand ils le veulent, ils se désintéressent tôt ou tard des jeux pour passer à une autre activité (même si ces des années plus tard…). Par contre, toute limitation crée une frustration qui encourage l'addiction, en mettant l'individu en position de stress (mince, je ne vais pas avoir le temps de finir ce monde, etc.).

- Les enfants ont besoin de jouer de toute manière, et les jeux vidéos font partie intégrante des jeux qui peuvent leur être proposés. Contrairement à une école du 2d type (type Montessori par exemple), nous ne souhaitons pas choisir les jeux à leur place, mais leur proposer un environnement riche en jeux. Donc, aussi des jeux vidéos.



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